Un prix barré n'est pas une preuve. C'est une affirmation — et comme toute affirmation commerciale, elle mérite d'être vérifiée. Une fausse promotion, c'est une réduction calculée sur un prix que personne n'a réellement payé : le rabais est spectaculaire sur l'étiquette, inexistant sur votre relevé bancaire.
La mécanique d'une fausse promo
Le procédé le plus courant tient en trois temps : on monte le prix quelques semaines avant une opération commerciale, on le « casse » le jour J avec un barré bien visible, puis on revient au prix habituel une fois l'opération terminée. Sur l'étiquette, la réduction existe. Sur la courbe de prix, il ne s'est rien passé — ou pire : le prix « promotionnel » est celui de tous les jours.
L'autre variante consiste à barrer un prix qui n'a jamais été pratiqué par la boutique : un tarif catalogue théorique, un prix de lancement d'il y a deux ans, ou simplement un chiffre choisi pour rendre la remise flatteuse.
Ce que dit la loi — et ses angles morts
Depuis mai 2022, la réglementation européenne (directive dite « Omnibus ») encadre les annonces de réduction : quand un vendeur affiche une promotion, le prix de référence barré doit être le prix le plus bas qu'il a pratiqué dans les 30 jours précédents. Fini, en principe, le prix gonflé la veille du Black Friday.
En principe seulement, car le texte a des angles morts bien connus :
- Les mentions « prix conseillé » ou « prix de comparaison » ne sont pas des annonces de réduction au sens du texte — elles permettent d'afficher un barré flatteur sans se soumettre à la règle des 30 jours.
- La règle s'applique vendeur par vendeur : un marchand qui n'a jamais vendu le produit peut difficilement gonfler « son » prix antérieur, mais rien ne l'empêche de barrer un prix conseillé jamais vu en rayon.
- Le contrôle reste ponctuel : entre deux vérifications, une étiquette trompeuse peut vivre longtemps.
Autrement dit : la loi a assaini le terrain, elle n'a pas supprimé le problème.
Les cinq signes qui doivent alerter
- Une remise énorme sur un produit récent. Un appareil sorti il y a trois mois affiché à −50 % mérite le doute : les vraies décotes de ce calibre arrivent en fin de vie, pas en début.
- Un prix barré rond et le même partout. Quand dix boutiques barrent exactement le même montant, c'est souvent un prix catalogue recopié, pas un prix constaté.
- La mention « prix conseillé » en petit à côté du barré — l'angle mort évoqué plus haut.
- Une promo permanente. Un produit « en promotion » douze mois sur douze n'est pas en promotion : c'est son prix.
- Un compte à rebours pressant. L'urgence fabriquée sert à court-circuiter la vérification. Un vrai bon prix supporte dix minutes de réflexion.
La seule preuve : le prix mesuré dans le temps
Face à une affirmation, on cherche une mesure. C'est exactement le rôle d'un historique de prix : relever, jour après jour, ce que coûte réellement le produit chez chaque marchand. Sur une courbe, une fausse promo se voit immédiatement — le prix « cassé » d'aujourd'hui est celui de tout le trimestre, ou la bosse des dernières semaines trahit le gonflage préparatoire.
C'est la méthode du bon plan : sur chaque fiche produit, la courbe de prix accompagne l'offre, et nos badges de promotion ne s'affichent que lorsque la baisse est réelle par rapport aux prix effectivement mesurés — jamais sur la foi d'un barré. La méthode complète est publique.
Le réflexe à prendre
Avant d'acheter en promotion : cherchez le produit, regardez sa courbe, comparez le prix affiché au prix des semaines passées — livraison comprise, car les frais de port sont l'autre endroit où une bonne affaire se défait. Si la baisse est réelle, achetez. Si la courbe est plate, l'étiquette ment : passez votre chemin, le « dernier jour » de l'offre reviendra.
Les baisses réelles du moment, mesurées sur nos relevés, sont rassemblées dans les bons plans vérifiés.